Le dépôt de garantie (ou caution) est la somme versée par le locataire à l'entrée dans les lieux pour couvrir les éventuels manquements à ses obligations. Sa restitution est un droit encadré par la loi — pourtant, chaque année, des milliers de locataires se voient retenir tout ou partie de leur caution sans justification légale. Voici comment faire valoir vos droits.
1. Cadre légal : l'article 22 de la loi de 1989
Le régime du dépôt de garantie est régi par l'Art. 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dite "loi Mermaz" ou "loi du 6 juillet 1989". Ce texte pose trois règles fondamentales :
- Le dépôt de garantie est plafonné à 1 mois de loyer hors charges pour les locations nues
- Il est plafonné à 2 mois de loyer hors charges pour les locations meublées (Art. 25-6 de la loi de 1989)
- Il ne peut pas porter intérêt au profit du bailleur
À retenir
La loi s'applique à tous les baux d'habitation principale (nue ou meublée). Les locations saisonnières, logements de fonction et baux commerciaux ont des règles différentes. Si vous quittez votre location pour acheter, anticipez aussi les frais de notaire liés à l'acquisition.
2. Quel est le montant maximum du dépôt de garantie ?
Le montant du dépôt de garantie est plafonné par la loi :
| Type de location | Montant maximum | Base légale |
|---|---|---|
| Location vide (non meublée) | 1 mois de loyer hors charges | Art. 22 loi 1989 |
| Location meublée | 2 mois de loyer hors charges | Art. 25-6 loi 1989 |
| Bail mobilité | Aucun dépôt autorisé | Loi ELAN 2018 |
Le dépôt de garantie est versé à la signature du bail. Son montant ne peut pas être révisé en cours de bail ni au renouvellement. Toute clause contraire est réputée non écrite.
À retenir
Le dépôt de garantie ne peut pas servir de dernier loyer. Le locataire doit payer l'intégralité de son loyer jusqu'à la fin du bail. Déduire le dépôt du dernier loyer est illégal et peut entraîner des poursuites.
3. Les délais de restitution : 1 mois ou 2 mois ?
Le délai de restitution dépend du résultat de l'état des lieux de sortie :
| Situation | Délai légal | Point de départ |
|---|---|---|
| État des lieux de sortie conforme à l'état des lieux d'entrée | 1 mois | Date de remise des clés |
| État des lieux de sortie différent (dégradations constatées) | 2 mois | Date de remise des clés |
| Retard de restitution (au-delà des délais) | Pénalité de 10% du loyer/mois de retard | À partir du 1er jour de dépassement |
Le décompte commence à la date de remise des clés, et non à la fin du bail. Si vous avez rendu les clés en avance, le délai court dès ce jour-là. Le bailleur doit vous restituer le solde du dépôt par virement ou chèque, accompagné d'un justificatif pour chaque retenue.
Astuce
Conservez une preuve de remise des clés : accusé de réception de courrier recommandé, email avec accusé de lecture, ou attestation signée par le bailleur ou l'agence. C'est le point de départ du délai légal.
4. Les retenues légitimes
Le bailleur peut légalement retenir tout ou partie du dépôt de garantie pour couvrir :
- Les dégradations imputables au locataire (au-delà de la vétusté normale), justifiées par des devis ou factures d'entreprise
- Le nettoyage si le logement a été rendu dans un état de saleté anormal, justifié par une facture de société de nettoyage
- Les loyers impayés ou charges non réglées, justifiés par un décompte détaillé
- Les réparations locatives non effectuées par le locataire (liste fixée par le Décret n° 87-712 du 26 août 1987)
Chaque retenue doit être justifiée par un document (devis, facture, constat). Sans justificatif, la retenue est abusive. Le bailleur doit vous transmettre les justificatifs avec le décompte de restitution.
5. Les retenues abusives
Certaines retenues reposent sur des clauses abusives du bail — des dispositions qui créent un déséquilibre au détriment du locataire et sont réputées non écrites. Sont illégaux et donc contestables :
- La vétusté appliquée au locataire : un sol ou des peintures usés par le temps normal ne peuvent pas être facturés. La vétusté s'apprécie selon la grille de vétusté contractuelle ou la grille recommandée par la Convention ALUR de 2016
- Les travaux d'amélioration : remplacer une vieille moquette par du parquet, repeindre alors que les peintures étaient seulement légèrement salies
- Les dégradations antérieures à votre entrée, non mentionnées à l'état des lieux d'entrée
- La retenue sans justificatif : le bailleur ne peut pas retenir une somme "à titre de précaution" ou en attendant de faire faire un devis
- Le retard de restitution sans raison : même s'il y a des dégradations, le bailleur ne peut pas bloquer l'intégralité du dépôt pendant des mois
À retenir
Le locataire n'est responsable que des dégradations anormales (au-delà de l'usure normale). Un trou dans un mur, une vitre cassée, des moisissures dues à un défaut d'aération : oui. Des peintures un peu passées après 5 ans de location, un parquet légèrement rayé : non.
6. L'état des lieux, pièce maîtresse
L'état des lieux d'entrée et de sortie est le document central de tout litige sur la caution. Sans état des lieux d'entrée, le logement est présumé avoir été remis en bon état : le locataire bénéficie alors d'une présomption favorable.
- Exigez un état des lieux contradictoire et détaillé à l'entrée et à la sortie
- Mentionnez toutes les imperfections existantes à l'entrée (peintures, sols, équipements)
- Prenez des photos datées à l'entrée et à la sortie
- Si le propriétaire refuse de faire un état des lieux de sortie, faites constater l'état du logement par un huissier (frais partagés selon l'Art. 3-2 de la loi de 1989)
7. Envoyer une mise en demeure
Si votre propriétaire ne restitue pas votre caution dans les délais légaux (1 ou 2 mois selon le cas), la première étape est l'envoi d'une mise en demeure par lettre recommandée avec AR — une démarche formelle similaire à celle utilisée pour contester un PV. Cette lettre doit :
- Rappeler la date de remise des clés et le délai légal dépassé
- Mentionner le montant du dépôt de garantie versé
- Contester les retenues abusives le cas échéant, avec argumentation
- Demander la restitution du solde dans un délai de 8 à 15 jours
- Mentionner la pénalité de 10% du loyer/mois pour retard de restitution
- Indiquer que vous vous réservez le droit de saisir la justice à défaut de réponse
Générez votre mise en demeure en 3 minutes
Notre procédure guidée récupération de caution génère votre lettre de mise en demeure avec les bons arguments légaux, les montants calculés et la bonne adresse de notification.
8. Les recours judiciaires
Si la mise en demeure reste sans effet, plusieurs recours s'offrent à vous :
La Commission Départementale de Conciliation (CDC)
Pour les litiges inférieurs à 5 000 €, une tentative de résolution amiable est obligatoire avant toute saisine du tribunal, à peine d'irrecevabilité de la demande (Art. 750-1 du Code de procédure civile). Vous avez le choix entre trois voies : saisir la Commission Départementale de Conciliation (gratuite, spécialisée dans les litiges locatifs), un médiateur, ou engager une procédure participative avec avocat. Des exceptions existent (urgence, indisponibilité d'un conciliateur dans un délai raisonnable) — dans le doute, vérifiez votre situation précise avant d'agir.
Le Tribunal judiciaire
Pour les litiges supérieurs à 5 000 €, ou si la CDC a échoué : saisine du tribunal judiciaire (anciennement tribunal d'instance). Vous pouvez vous représenter vous-même. Le juge peut ordonner la restitution + les pénalités + des dommages et intérêts si le comportement du bailleur est manifestement abusif.
L'injonction de payer
Procédure rapide et peu coûteuse : le juge peut ordonner le paiement sans audience contradictoire initiale. Très efficace pour les dettes certaines (caution non restituée sans justification).
À retenir — l'essentiel en 4 points
1. Délai de restitution : 1 mois (état des lieux conforme) ou 2 mois (dégradations). 2. Chaque retenue doit être justifiée par un document. 3. La vétusté normale ne peut pas être imputée au locataire. 4. En cas de retard : pénalité de 10% du loyer mensuel par mois.
9. Questions fréquentes
Quel est le montant maximal du dépôt de garantie en 2026 ?
Le dépôt de garantie est plafonné à 1 mois de loyer hors charges pour une location vide, et 2 mois pour une location meublée. Pour un bail mobilité, aucun dépôt n'est autorisé.
En combien de temps le bailleur doit-il restituer le dépôt de garantie ?
Le délai de restitution est de 1 mois si l'état des lieux de sortie est conforme, et de 2 mois en cas de dégradations constatées. Le délai court à partir de la date de remise des clés, avec une pénalité de 10 % du loyer par mois en cas de retard.
Quelles retenues sont autorisées sur le dépôt de garantie ?
Le bailleur peut retenir tout ou partie du dépôt pour les loyers ou charges impayés, les dégradations anormales (au-delà de l'usure normale), le nettoyage si le logement est rendu dans un état de saleté anormale, et les réparations locatives non effectuées. Chaque retenue doit être justifiée par un document.
La vétusté peut-elle être retenue sur le dépôt de garantie ?
Non. La vétusté (usure normale liée au temps) ne peut jamais être imputée au locataire. Peintures passées après plusieurs années, parquet légèrement rayé = usure normale. Le locataire n'est responsable que des dégradations anormales au-delà de l'usure du temps.
Comment contester une retenue abusive sur le dépôt de garantie ?
En cas de retenue abusive, le locataire peut envoyer une mise en demeure par LRAR, puis saisir la Commission Départementale de Conciliation (gratuite — une des voies de résolution amiable obligatoires pour les litiges < 5 000 €, Art. 750-1 CPC), et en dernier recours le juge des Contentieux de la Protection. L'action se prescrit par 3 ans.
Récupérez votre caution pas à pas
Procédure guidée complète : calcul du montant dû, identification des retenues abusives, génération de la mise en demeure, suivi des étapes.
Vous avez aimé ce guide ?
Recevez les prochains directement — guides juridiques pratiques, zéro spam.